Plume ou pinceau ?

Ou comment exprimer le monde

Dans cet article, j’interroge la relation entre l’art et l’écriture. En quoi l’une inspire-t-elle l’autre, et inversement ? Art et écriture sont-ils (in)dissociables ? Ressemblants ? Différents ? C’est cette relation quasi incestueuse que j’explore avec l’aide de Laurence PHILIPPON DAUGE. Fondatrice du Hangar des Arts, le thème de son exposition « L’art et l’écriture » a été repris en en-tête tant Laurence nous ouvre à son habitude un vaste champ de réflexions… Découvrez aussi le témoignage des artistes : quelle a été la part de l’écriture dans leurs créations ?

Art et écriture Champ d'art

La galerie, lieu d’inspiration en soi

Vu de la route, c’est un hangar agricole transformé en atelier indus au beau milieu de la campagne vexinoise. « La culture au milieu de la culture« , précise Laurence qui l’a voulu insolite et déroutant, justement ! En effet, on ne peut qu’être séduit par la perspective d’une aventure artistique à une heure de Paris. A l’ère de l’appauvrissement visuel, via les banques de données notamment, Le Hangar des arts propose au contraire de réveiller l’œil, de cultiver le regard, en ouvrant au visiteur un horizon de possibles. L’audacieuse harmonie du mariage urbain-agraire, l’agencement juste comme chez soi, la chaude convivialité qui en émane : tout concoure à en faire un lieu d’inspirations extrême.

Mais pourquoi cette sensation de proximité ? La galeriste a peut-être une réponse. Elle confie avoir conçu :

  • un espace de rencontre réunissant le public et les artistes ;
  • pluridisciplinaire, à savoir toutes formes d’expression artistique confondues (peinture, sculpture, photo, céramique, décoration, etc.) ;
  • multiculturel, c’est-à-dire qu’il s’y tient des conférences littéraires, des balades poétiques, des concerts aussi ;
  • accessible : non seulement la localisation, le grand parking sont autant de facilités d’accès, mais les prix sont abordables. Quoi qu’il arrive, on peut toujours repartir avec un petit quelque chose, un objet design par exemple.

Alors si comme moi vous préférez les terrils du Louvre-Lens aux pyramides parisiennes, faites le détour ! En chemin vers les plages normandes ou en balade dominicale, visitez le Hangar des Arts ! Dépaysement garanti ! A fréquenter par tous (amateurs d’art ou non).

Écrivains en panne, surtout !

L’écriture dans l’art

J’y viens. Vous vous demandez sûrement d’où sort cette fantaisie : faire cohabiter sur un support le dessin et l’écrit.

Alors Laurence, dis-nous tout, qu’est-ce qui était à l’origine de  cette exposition jusqu’au 24 avril ?

« Plutôt qui ? L’idée a germé après avoir rencontré Michael SORNE. En découvrant ses travaux, j’ai été conquise par l’omniprésence des mots dans ses compositions. Non seulement l’écriture a une place quelle que soit l’œuvre, mais elle l’engendre. De là, j’ai pensé fédérer mes artistes à mon habitude : soit leur travail nourrit le thème, soit je leur passe commande pour une thématique définie.

Dans ce cas précis, j’ai choisi ce fil conducteur :

1°) l’écriture « figure au tableau »;

2°) ou bien elle l’inspire ;

Dès lors, les peintres et photographes ont eu des partis pris différents.

Tel a été le cas de :

    • Françoise BESSIERE, dont les papiers d’archives étaient incrustés dans la réalisation pour mieux la mettre en relief ;
    • ARPATHO, pour lequel l’écriture est à ce point automatique qu’elle devient obsession ;
    • Henri BERGAMI, habité – vraiment – par le personnage de Don Quichotte, bigarré au possible sur un cheval géométrique (plus blanc que blanc) ; »

Du plus bel effet !

L’écriture, un plus dans l’art ?

Mais au final, Laurence, qu’apporte l’écriture à l’œuvre d’art ?

« Une émotion différente, pour commencer. Mais par-dessus tout une force due au message supplémentaire. Je veux dire par là que la combinaison des signes et de l’image renforcent ce que l’artiste a voulu exprimer. Pour autant,  ce sont deux formes d’art qu’il n’est pas question de hiérarchiser. L’écriture ne confère pas à l’art les lettres de noblesse qu’il n’aurait pas par ailleurs, ni l’inverse.

De mon point de vue, la différence tient à la manière d’entrer dans l’œuvre. L’artiste a une approche personnelle : il ne cherche pas forcément à être compris (ce que le titre peut malgré tout clarifier). L’écrit ajoute une autre forme d’échange qui permet un dialogue. De ce fait, l’interaction est plus puissante. »

La complémentarité, c’est bien, mais reste à savoir ce qui les relie, ou les dissocie. Ce sera l’objet du prochain article.

D’ici là, le Hangar des Arts prépare de quoi nous donner Matières à agir…

Exposition du 13 mai 2022 au 24 juillet 2022

Et si vous n’avez pas la chance de pouvoir vous y rendre, courez les galeries ! Fantaisistes, de préférence. De même que l’écriture nourrit l’artiste, le roman se gorge d’art. Nous verrons bientôt comment.

Paroles d'artistes

"Qu'est-ce que la peinture ? Manier des traces ! L'artiste comme le poète "doit laisser des traces de son passage, non des preuves. Seules les traces font rêver." (René CHAR) Pourquoi l'écriture est-elle présente dans tous mes tableaux, visible ou cachée ? Parce que c'est comme ça que j'ai envie de peindre ! "Leucate univers" a été créé d'après le roman de Gérard GAVARRY. "Comme Le Havre" m'est venu en sortant du musée André MALRAUX en raison des jeux de lumière extraordinaires sur le port. Et si on retirait l'écrit de mes productions ? Ce ne serait plus moi !" Cliquez sur le nom pour découvrir ses collections
"Dans mon cas, c'est la forme qui a pu déterminer le sujet. J'ai décidé de me lancer dans des jeux d'écriture sur céramique à partir d'un rendu plutôt féminin. Pour moi, l'écriture est ce qui reste visible, ou au contraire s'efface. J'ai donc fait l'expérience de graver les prénoms de femmes célèbres sur la matière. Il y a Lucie (AUBRAC), Hannah (ARENDT), Simone, Gisèle, etc. Mais je rends aussi hommage à toutes les autres, en traçant autant de prénoms que possible sur le support. C'est ainsi que j'ai conçu "Elles"!" Cliquez sur le nom pour découvrir ses créations
Cette série a été prise depuis la passerelle Simone DE BEAUVOIR sur l'esplanade de la Bibliothèque nationale de France. Je ne me considère pas comme une photographe au sens technique du terme, mais plutôt comme quelqu'un qui a l'œil formé à la beauté poétique du monde. Mes clichés font sens au point que chacun me renvoie à un poème en filigrane. Que ce soit la poésie de Rilke ou un haïku japonais, ce que j'aime, c'est que les gens se racontent une histoire, qu'ils se reconnaissent dans une photo." Cliquez sur le nom pour découvrir la série

Et vous, que vous inspire l’art ?

Quel(s) lieu(x) artistique(s) stimule(nt) votre imaginaire ?

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